Focus série : la genèse de la culture hip-hop racontée dans The Get Down

Sortie sur Netflix en 2016-2017, The Get Down est une série qui retrace les débuts du hip-hop à New York, dans le quartier du Bronx, où une bande de cinq jeunes garçons perdus et sans avenir utilisent leurs pas de danse improvisés, leurs talents d’écriture et quelques bombes de peinture pour échapper à la misère d’une ville au bord de la faillite. Le réalisateur, Baz Luhrmann, déjà connu pour ses bandes originales du Moulin Rouge (2001) ou plus récemment de Gatsby le magnifique (2013), tenait beaucoup à concrétiser ce projet, afin de décrire ce qui est alors une révolution du monde de la musique, qui de plus a lieu dans une zone de non-droit. Pour cela, il fait appel à de jeunes chanteurs et comédiens, mais il fait également beaucoup référence à plusieurs figures emblématiques du hip-hop comme Grandmaster Flash, DJ Kool Herc ou bien encore Rahiem.

Revenons sur le contexte de l’émergence de ce courant artistique et social. Le hip-hop est un mouvement survenu aux Etats-Unis dans les années 1970. Pour comprendre son apparition, il faut revenir quelques décennies plus tôt. Les années 1950 et 1960 marquent en effet le creusement du fossé entre une majorité blanche américaine opulente et des minorités (en particulier noire et hispanique) qui peinent à vivre dans des conditions décentes. Les mouvements identitaires qui se forment sont rapidement réprimés (c’est le cas notamment des Black Panthers) et les leaders de ces communautés disparaissent (Martin Luther King, Malcolm X). C’est ainsi qu’à New York par exemple, ces dernières se replient sur elles-mêmes dans des ghettos où les gangs prennent une importance sociale de plus en plus marquée. L’insécurité, la délinquance et la drogue font alors partie du quotidien. La culture hip-hop naît de cet environnement complexe, au cœur des tensions sociales, raciales et politiques de la seconde moitié du XX° siècle.

Initialement, le hip-hop se pratique dans des block parties (des fêtes de quartier), que découvrent nos cinq protagonistes. Elles ont lieu en plein milieu de la rue et ont pour but de rassembler les gens pour s’amuser et profiter. C’est ainsi que naissent les premiers Mc / Emcee (maîtres de cérémonie), chargés d’ambiancer ces block parties qui sont accompagnés d’un DJ qui mixe. Progressivement, l’engouement se propage dans tout le pays et dès 1978, la musique hip-hop arrive dans les clubs de Manhattan. Les premiers disques de rap sortent en 1979. Dans le même temps, le graffiti fait son apparition dans l’ensemble du pays, puis traverse l’Atlantique pour se populariser en Europe. La consécration de la culture hip-hop survient durant les années 1980 et 1990.

Imprégné par des courants musicaux cosmopolites tels que le gospel, le jazz, la salsa et le reggae, le hip-hop n’inclut pas que la danse et la musique. Etymologiquement, le hip signifie « être branché » et en argot « débrouillardise ». Le hop est quant à lui l’onomatopée du saut et évoque par extension sémantique l’idée d’une avancée. En réalité donc, ce courant artistique et culturel englobe bien plus que ça. En effet, le DeeJaying ou DJing, qui est la manière de mixer un son, avec des techniques comme le scratch. Puis, le Emceeing, appelé désormais rap, qui désigne l’art de rajouter des rimes au-dessus de la musique. Du point de vue graphisme, on retrouve le Graffiti, fresque stylisée réalisée sur l’architecture urbaine, qui devient très vite porteur de message. Ensuite, le Break, la première danse hip-hop. Et enfin, le Beatboxing qui consiste à faire de la musique en imitant des instruments uniquement avec sa bouche pour imiter des percussions et créer un beat sur lequel on peut aussi rapper.

Le hip-hop n’aurait pu connaître son succès sans ses quelques précurseurs, qui ont d’ailleurs participé à la réalisation de la série. On retrouve notamment DJ Kool Herc, mais aussi Afrika Bambaataa. Ancien chef de gang du Bronx, il fonde la Bronx River Organization, qui devient la Zulu Nation en 1974, mouvement qui a pour objectif de venir en aide aux enfants des ghettos, afin de les sortir de l’engrenage de la violence et de la drogue. Très respecté au sein de son quartier, cela lui permet de diffuser un message pacifiste, en encourageant la création artistique. La devise d’Afrika Bambaataa restera « Peace, Love, Unity & Having Fun ». La Zulu Nation invite donc les jeunes de son district à mettre leur énergie dans des pratiques culturelles innovantes et à se mesurer aux autres non plus à travers la violence mais à travers leur art. Certains affirment qu’il est le pionnier du hip-hop, d’autres admettent plutôt qu’il a permis de créer une énergie positive et artistique à partir d’une société empreinte de violence et de désillusions.

Finalement, bien qu’annulée après seulement onze épisodes pour manque d’audience, The Get Down demeure une incarnation fraîche, créative et positive d’une société à l’aube d’une révolution artistique et culturelle.

Justine Sarniguet

En bonus, voici la bande originale de la série ci-dessous :

Lien vers la playlist de la saison 1.

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