Glass Animals, un retour presque miraculeux avec Dreamland

Après quatre ans d’absence, la formation indie-psychédélique tout droit venu d’Oxford revient avec un album surprenant.

Il y a deux ans, personne ne savait si l’aventure de Glass Animals allait pouvoir se poursuivre. L’avenir du groupe semblait bien sombre lorsqu’en 2018 le batteur du groupe, Joe Seaward (tout à gauche sur la photo), subit un grave accident de la route et se retrouve à l’hôpital dans un état bien incertain : blessures à la tête laissant présager une perte des fonctions motrices. Déjà retourné en studio cette année, le groupe publie sur son compte Instagram la bien triste nouvelle. Glass Animals est avant tout l’histoire d’une bande de quatre meilleurs potes qui se sont rencontrés lors de leur enfance. L’accident semblait donc laisser entendre un bouleversement dans la dynamique du groupe voire sa fin : tournée annulée et projets suspendus. Progressivement, Glass Animals s’efface des réseaux sociaux pendant plusieurs mois, de rares publications montrent l’amélioration de l’état de Joe. Peu à peu, le groupe renoue avec sa fibre créative : production en studio et publication de Quarantine Covers sur leur chaîne YouTube. Puis, miracle, 1er mai, le groupe annonce la sortie de son prochain et troisième album Dreamland et sort deux singles pour « teaser » l’album (Tokyo Drifting et Your Love) laissant déjà entrevoir un tournant musical pour le groupe. Initialement annoncé pour le 10 juillet, l’album sort finalement le 7 août après quatre ans d’absence.

« WE DID IT. Two years ago we didn’t know of we’d be able to make a third album together […] we’re celebrating tonight »

Un album tournant

Dreamland apparaît comme l’album tournant que chaque groupe semble expériencer lors de leur carrière. Les deux précédents albums ZABA (2014) et How to Be a Human Being (2016) ont été un succès et ont affirmé Glass Animals comme un groupe incontournable de la scène indie-pop-rock britannique. ZABA, leur premier album, est immédiatement salué par le public avec Gooey comme titre meneur (plus de 200 000 écoutes sur Spotify). Il en est de même pour leur second album How to Be a Human Being (HTBAHB), avec des titres entraînants comme Youth ou The Other Side of Paradise, pour lequel le groupe sera nominé pour le Mercury Prize.

Ce qui marque les albums de Glass Animals, c’est l’identité visuelle et sonore créée qui donne une atmosphère particulière et propre à chaque album. Si ZABA revêtait davantage une ambiance tropicale, presque sauvage avec des vibes à la Alt-J, HTBAHB s’inspirait largement du monde des jeux vidéo à y voir la pochette de l’album pixélisée et les mélodies (Season 2 Episode 3 et Cane Shuga). Encore une fois, le groupe parvient à créer une atmosphère nouvelle prenant racine dans la nostalgie ressentie par les membres ayant grandi dans les années 90, période où Internet et médias n’existaient pas. Dave Bayley, le chanteur, explique avoir eu l’idée de cet album lors d’une période de profonde incertitude et de confusion où le futur s’annonçait flou et pessimiste (faisant évidemment référence à l’accident de Joe Seaward le batteur du groupe) afin de trouver un certain réconfort dans les souvenirs d’enfance : Dreamland incarne le monde du rêve, des souvenirs et de l’innocence où l’on retrouve toute l’insouciance de l’enfance. La pochette de l’album dévoile déjà les premiers éléments rétro/ vintage de cette nostalgie : une cassette, une vieille télé, des céréales Froot Loops (je crois que c’est ça je n’ai pas la réf). On retrouve cette sensation de rêve dès le premier titre de l’album, Dreamland avec sa mélodie planante et la voix presque lyrique. Les allusions à des références, objets, jeux vidéo et snacks des années 90 sont multiples et continuellement évoquées dans pratiquement chaque chanson : Pokemon, Capri Sun, « Playin too much much of that GTA/Dr Dre », « It’s 2 :23, you got Friends on repeat », certaines seulement compréhensibles par les jeunes Millenials. Cette nostalgie semble tellement forte qu’il semble revendiquer cette idée « clichée » du « c’était mieux avant » (« too much quinoa and online shopping »). Les paroles sont parfois légères et énumérations si présentes que l’on se demande si cela est forcé et si les souvenirs ne sont peut-être pas aussi limpides qu’ils semblent l’être. En réalité, derrière les références, les sujets abordés peuvent être bien plus puissants : shooting de masse aux US, violence domestique et le vide ressenti face à l’annonce d’une tragédie.

Musicalement parlant, le groupe créé un tournant en abandonnant largement les mélodies de guitare et en ayant davantage recours aux synthés, des mix entre la pop, la trap et des influences de R&B. Les morceaux sont plus rythmés, Heat Waves, voir explosif (Tokyo Drifting en feat avec Denzel Curry, rappeur américain). L’objet de l’album est également de créer un son presque robotique et d’instaurer une dimension paradoxalement moderne. Globalement, l’album fait preuve d’harmonie visuelle et sonore. On distingue néanmoins deux parties (sous forme A-side et B-side d’un vinyle/cd). Tandis que la première partie reflète la partie énergique, entraînante et positive de la nostalgie, la seconde partie ouverte par It’s So Incredibly Loud est davantage progressive et étouffante, résonnant comme un mal-être, une hantise et une perte d’espoir. Toutefois, les quatre enregistrements cassette d’enfance du chanteur intercalés entre les morceaux viennent « casser » la dynamique de l’album.

Glass Animals au Lollapalooza Festival en juillet 2017 pour la tournée de leur deuxième album, Hippodrome de Longchamp (Paris)

Accueilli de manière mitigée par la critique spécialisée, Dreamland réaffirme néanmoins la capacité de Glass Animals à produire de la musique autour d’un univers précis et d’une thématique aussi importante pour le groupe. L’album marque davantage par l’harmonie et l’atmosphère que par les morceaux individuellement, peu sont mémorables dès la première écoute, beaucoup semblent se faire écho et créer un tout rapidement indiscernable. Le succès du groupe est néanmoins confirmé par le public : invité par des célèbres talks shows américains, parmi les line-up des plus gros festivals au monde et la diffusion d’Heat Waves au Keynote d’Apple mardi dernier.

Clara Laurent

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s