Mark Hollis : It was his life

Il y a maintenant un peu plus d’un mois, le monde de la musique s’endeuillait en apprenant le décès de Mark Hollis, esthète musical multigenres et génie créateur de la fin du XXe siècle. Hommage.

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« It’s a shame »

Un déchirement. Mark nous a quittés le jeudi 25 février dernier en surprenant tout son monde, une fois n’est pas coutume.

Mark Hollis est l’un de ces génies souvent oubliés de la musique qui a pourtant marqué la fin du XXe siècle, de par son avant-gardisme, mais aussi par ses tubes qu’ont entonné passionnément nos parents dans les années 80.

Car oui, avec son groupe Talk Talk, formé en 1981, Mark Hollis a connu le succès commercial. Quelque chose qu’on lui reprocherait presque. Quelque chose que lui-même s’est presque reproché. Le groupe signe à cette époque un contrat avec EMI, un des plus gros labels mondiaux. Ce dernier avait déjà repéré le potentiel des 4 jeunes hommes. L’objectif : faire de Talk Talk un groupe de pop iconique de la décennie.

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Après un premier album moyennement réussi, Talk Talk sort « It’s my life », un gros succès commercial, en 1984. Le morceau titre devient un véritable hymne de la décennie, marquant par son refrain où Hollis s’époumone presque à contre cœur, et par ses synthés quasi étouffants. Le clip, mythique, mais premier sujet de tensions entre le label et le groupe, voit de très nombreux plans d’animaux sauvages, courir ou voler vers l’horizon : un premier signe de la volonté de Hollis de briser les chaînes qui les empêchaient de s’exprimer.

https://www.youtube.com/watch?v=5ixRWvrkUHo

 

Le temps passant, le groupe va se libérer du cadre dans lequel il a été placé. « The Colour of Spring », l’album le plus vendu du groupe, est indiscutablement plus réussi, et témoigne d’une plus grande sincérité dans sa composition. Il s’agit de l’album frontière entre les 2 premiers et les 2 derniers albums réalisés par les britanniques. L’aspect pop est conservé mais les synthétiseurs sont supprimés. Le superbe « Life’s what you make it », sa signature rythmique et son refrain mémorable, sont les témoins de cette évolution.

https://www.youtube.com/watch?v=OvMoRVrqx_I

 

« Life’s what you make it »

Puis la coupure. Hollis et son co-compositeur Tim Friese-Greene réalisent un énorme travail d’enregistrement et présentent à EMI « The Spirit Of Eden », qui marque une réelle rupture dans le style du groupe. N’y figurent que 4 titres, dont le premier long de 23 minutes (finalement séparé en 3 par EMI), et aucun single potentiel. L’album fut un échec commercial, et EMI lancera (et perdra) un procès contre le groupe, qui quittera le label quelques temps plus tard. Le sacrifice en valait la peine. Une musique libérée, aux aspects jazz très poussés ; un album touchant, illuminé, ouvert par le somptueux « The Rainbow ».

https://www.youtube.com/watch?v=hCZnXg0vNs0&list=PL62FBC6310CBAF1E7

 

3 ans plus tard sort « Laughing Stock », la deuxième pièce du puzzle. À l’ambiance bien plus sombre et fermée, il est une sorte de « Yin » après le « Yang » qu’était le précédent album. Ces deux objets musicaux, si complémentaires, sont les matérialisations de la transformation de ce banal groupe de pop à succès en un monstre avant-gardiste, précurseur ultime du post-rock.

https://www.youtube.com/watch?v=Yk_Cp3pv638&list=PL5JF5i-v4BuRnoivd9GvBo4qFwBbgaNw5

 

« It’s my life »

Le groupe se disloque et Mark se lance dans une courte carrière solo, puisqu’il ne sortira qu’un album, au titre on ne peut plus simple, premier signe de l’aspect minimaliste du disque. « Mark Hollis » sort en 1998. Un album intimiste, où le plus grand instrument est le silence. Chaque note a son importance. Aucune trace de superflu. « Le silence dépasse tout ; j’aimerais mieux entendre une note que d’en entendre deux, et j’aimerais mieux entendre le silence que d’entendre une note ». Une production remarquable qui conduit à un album fulgurant, d’une simplicité étouffante.

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Le compositeur se retire du monde de la musique. Lui qui n’a jamais voulu de la célébrité n’avait plus de raison de forcer son destin dans la vie publique. Il se retire après avoir tout dit.

« It’s my life, it never ends ». Les paroles les plus célèbres prononcées par Hollis n’ont jamais eu l’air plus vraies qu’aujourd’hui.

Il paraît qu’il nous a définitivement quittés en ce mois de février 2019. Ce n’est qu’un artifice. Son œuvre restera auprès de nous et perpétuera son souvenir, à jamais.

Rémi Veynand

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