5 albums en un an, le défi fou de King Gizzard

 

Depuis le début de la décennie, la scène rock australienne connaît un sursaut assez violent et se transforme en une véritable mine d’or pour les fans de punk/garage/psyché. De nombreux nouveaux projets se sont créés, inspirés par le modèle australien commun, Eddy Current Suppression Ring, comme Total Control, Straight Arrows ou encore The UV Race. Un groupe semble pourtant se détacher petit à petit et se crée une réputation dépassant les frontières : King Gizzard & The Lizzard Wizard.

 


 

Une inspiration à toute épreuve

13 albums en 6 ans. Une prolificité rare pour le groupe mené par Stu Mackenzie, guidé par une imagination hors du commun. Formé en 2010, ce « boys band » de 7 musiciens a de nombreux modèles et tire ses inspirations de genres très différents, lui permettant alors de créer sans relâche des albums aux tonalités parfois très distinctes, voire opposées, allant du garage au psyché, en passant par le métal, le punk et la pop.

En bref, un univers complètement barjo, retranscrit notamment par leurs pochettes d’album parfois excentriques et par leurs performances live extrêmement énergiques. Leur concert à l’Aéronef, l’année dernière, s’est déroulé dans une ambiance absolument furieuse, le groupe mettant un point d’honneur à réaliser une véritable performance, et le public, extatique, sautant dans tous les sens, au rythme de mélodies très rapidement assimilables.

https://www.youtube.com/watch?v=bBZcnEx9BIs

Fin 2016, le groupe sort Nonagon Infinity, un album qui peut s’écouter « à l’infini », chaque morceau étant une sorte de suite alternative du précédent, jusqu’au dernier, dont la fin relie le premier morceau, ce que Stu Mackenzie compare à « une sorte de ruban de Möbius ».

Mais l’inspiration ne s’arrête jamais, et le groupe a déjà composé, et même enregistré de nombreux nouveaux morceaux, qu’ils ne veulent pas regrouper sur le même album. Mackenzie revient en février 2018 sur ce moment, pour le fameux magazine Rolling Stone : « J’adore écrire des morceaux, c’est la chose la plus amusante du monde. Mais j’ai fait une interview l’année dernière, où j’ai bêtement déclaré ‘On va faire cinq albums l’année prochaine’. Parce qu’à l’époque on avait tellement de morceaux de prêts, et on avait l’impression qu’ils ne se correspondaient pas entre eux. […] On s’est senti obligés de tenir le pari ».

 

photo 2

 

 

Le challenge d’une carrière 

Et c’est ainsi qu’en 2017, les 7 Melbourniens se lancèrent dans le défi le plus fou de leur vie : sortir 5 albums en une seule année civile, le tout en continuant leur tournée mondiale (80 dates dans le monde entier sur l’année). Un pari très risqué qu’il ne semblaient même pas être sûrs de pouvoir tenir. Un projet peut être vain, inutile et impossible, mais auquel ils se prêtent à croire.

Entre février et novembre, la bande à Mackenzie sort :

  • Flying Microtonal Banana, album envoûtant aux sonorités orientales, marqué par l’utilisation de micro-intervalles
  • Murder of the Universe, une histoire épique dans un univers apocalyptique, inspiré par l’œuvre de J.R.R. Tolkien, utilisant notamment de longs passages narratifs
  • Sketches of Brunswick East (en collaboration avec Alex Brettin, leader du groupe Mild High Club), plus doux que ses prédécesseurs, aux accents pop et jazz
  • Polygondwanaland, un album gratuit et libre au téléchargement sur le site internet suivant : https://kinggizzard.bandcamp.com/album/polygondwanaland, l’idée étant de laisser aux fans la possibilité de le télécharger au format souhaité et de le graver sur CD, vinyle, ou tout autre support choisi.

Il ne reste donc plus qu’un mois pour sortir le dernier album. Le pessimisme est de mise chez les fans et le groupe est très pris par sa tournée. Finalement, Gumboot Soup, composé de morceaux divers ne se rattachant pas aux 4 derniers projets, sort le 31 décembre. Une belle manière de finir l’année.

Surtout, on ne note dans le tas aucun signe de faiblesse, de manque d’inspiration, de fatigue. Chaque disque est cohérent, aucun ne semble véritablement en dessous des 4 autres, ni des précédents. Un véritable exploit alors que les conditions d’enregistrement pouvaient être parfois rocambolesques. Et au-delà de ça, un retour sur investissement plus que positif en termes d’exposition et de reconnaissance :

« Tout s’est développé à partir de toute cette quantité de musique que nous avons créée, rapporte Eric Moore, musicien et manager du groupe. C’est grâce à [ce projet] que notre communauté de fans s’est agrandie. »

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Une expérience intense et enrichissante mais qui ne sera probablement pas reconduite de sitôt, le groupe ayant déjà fait un petit break en ce qui concerne les enregistrements. Cela fait maintenant 1 an et 2 mois que le groupe australien n’a plus sorti d’album… Mais attention. Les Gizz sont réapparus il y a deux semaines avec un nouveau single, accompagné d’un clip, nommé « Cyboogie » (qui porte d’ailleurs très bien son nom), et il va s’en dire qu’ils réussissent à nouveau à surprendre les observateurs…

https://www.youtube.com/watch?v=_un9PYsE1_g

Le signe d’un nouveau projet complètement aux antipodes de leurs anciennes productions ? Il est possible. De toute façon, le message est passé depuis longtemps : King Gizzard n’en fera toujours qu’à sa tête.

Rémi Veynand

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