Machine Gun Kelly ou la quête du succès

Séisme dans le monde du rap le 3 septembre dernier. Comment a-t-il osé ? Trop jeune, trop naïf ? Ou simplement testostéroné à bloc au point de partir en clash avec l’inclashable ? Le 31 août dernier, Eminem sort son dernier album, Kamikaze, dans lequel il n’hésite pas à régler ses comptes avec certains de ses détracteurs, dont Machine Gun Kelly. La réponse ne s’est pas faite attendre. 3 jours plus tard à peine, le protégé de P. Diddy réalise ce que personne n’a semblé avoir le cran de faire jusqu’ici : répondre en bonne et due forme au rappeur le plus respecté des USA, avec un morceau qui vient nous rappeler qui est le vrai MGK : un rappeur de talent. 

 

« Rap Devil ». Dès le titre du morceau, la cible est fixée. MGK a enfilé ses bottes de combat, enlevé le haut pour rendre l’affaire encore plus personnelle (il considère ses tatouages comme les témoignages de sa vie), et a sorti la pelle et le bol de céréales pour partir à la guerre. Quatre minutes et quarante-sept secondes de rentre dedans. De la première à la dernière seconde, MGK lâche tout ce qu’il a et n’hésite pas à balancer sur Em, qu’il considère pourtant toujours comme le GOAT ; leur histoire, le niveau décevant de ses dernières productions, son style, ses relations amoureuses… Tout y passe. Un diss bienvenu pour beaucoup, et surtout reconnu, même par de nombreux fans du camp opposé, comme de très bonne qualité, surtout au vu de sa réactivité. Tel un pitbull qui s’accroche à sa proie, il ne s’arrêtera pas jusqu’à avoir déversé toute sa rancœur envers celui qui, selon lui, a considérablement freiné sa carrière.

https://www.youtube.com/watch?v=Fp0BScQSSvg

 

La webosphère s’emballe et le morceau déclenche rapidement énormément de réactions. Eminem en fait son affaire et lui répondra 2 semaines plus tard avec le sanglant Killshot (https://www.youtube.com/watch?v=FxQTY-W6GIo). L’opération est réussie : bien que jugé « perdant » de ce duel à la majorité, MGK réussit à faire parler de lui.

La quête du succès, c’est un peu l’histoire de sa vie. Il se sent lésé. Comme s’il avait était tiré vers le bas. Car cette confrontation avec Eminem a une histoire. 2012, du haut de ses 22 ans à peine, MGK se révèle petit à petit, mais garde ce semblant de naïveté et commet l’irréparable : toucher à Hailie, la fille d’Eminem, avec un tweet qui pourrait sembler anodin, mais qui a été très mal reçu par le King, qui s’empresse de bannir MGK de sa radio, Shade 45, et qui aurait, d’après ce dernier, fait tout son possible pour ralentir sa carrière.

machine gun kelly

Pourtant, MGK avait un plan en tête. Une idée, un style. Grandement inspiré par Eminem, il excelle notamment par la rapidité de son flow, comme il le démontre dans certains de ses morceaux (Chip Off The Block, Skate Cans…). Après la mixtape qui l’a révélé au public rap, 100 words and running, il sort en 2012 l’EP Half Naked and Almost Famous puis son premier véritable album studio Lace Up, album étendard du Lace Up Movement. Son morceau Invincible est choisi par la WWE comme theme song officiel de Wrestlemania XXVIII, morceau qu’il jouera en live, devant 80.000 spectateurs et plusieurs millions de personnes derrière leur écran, juste avant le main event du show, ce qui lui offrira une forte exposition publique. Ces débuts prometteurs lui permettent d’acquérir une fanbase fidèle, et font de lui une star dans sa ville natale, Cleveland. Enfant de la rue, délaissé par un père ambassadeur et une mère qui a quitté le domicile familial très tôt, il mentionne fièrement sa ville et ses habitants, qu’il considère comme sa véritable famille, dans quasi toutes ses productions.

https://www.dailymotion.com/video/xqhkb5

 

Il atteint son meilleur niveau sur sa mixtape datant de 2013, Black Flag, puis dans son deuxième album, General Admission. Des productions que certains qualifieront d’irrégulières, mais qui proposent quelques excellents morceaux de rap (Breaking News, Street Dreams, Till I Die…). MGK arrive petit à petit à maturité, mais ses ventes ne décollent pas.  Il ne passe pas à la radio. Il est frustré. Alors il s’adapte, et standardise ses morceaux, pour les coller à un format plus demandé par les radios. Une sorte de rap plus soft, plus calme, aux allures pop très franches, au rythme beaucoup moins déconstruit qu’auparavant, le tout en s’accompagnant souvent d’un(e) artiste à la voix douce pour chanter les refrains. Et ça fonctionne. Il cartonne en 2017 avec son single Bad Things, récit d’une histoire de cœur bateau entre une jeune fille amoureuse et un bad boy. Plus fade, mais plus vendeur. Le single est certifié double platine aux États-Unis, et le clip est vu 241 millions de fois sur Youtube, loin devant son premier gros succès, Wild Boy.

https://www.youtube.com/watch?v=QpbQ4I3Eidg

 

Alors, MGK a-t-il trouvé la recette du succès ? Pas forcément, car le Clevelandais a tendance à s’égarer. Perdu par certains de ses premiers fans, qui estiment (à juste titre) qu’il a tendance à mettre de côté ses racines, il peine à fidéliser son nouveau public. Ses deux derniers projets, Bloom et surtout Binge, s’apparentent plus à de la soupe musicale qu’à autre chose. Ce dernier, sorti le 21 septembre dernier, et devant profiter de la hype autour du clash avec Eminem, n’a été vendu qu’à 22.000 exemplaires durant sa première semaine. Une véritable déception.

Il s’agirait alors désormais de revenir à ce qu’il a prouvé savoir faire il y a quelques années : mettre un peu de sens dans sa production. Et l’on retrouvera peut-être le véritable Machine Gun Kelly.

 

Rémi Veynand

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