Focus : Kanye West

Que l’on aime sa personne ou non, la sortie d’un album de Kanye West reste un évènement musical majeur provoquant enthousiasme, débats et critiques, mais aboutissant à la consécration d’un talent unique…  De simple beatmaker à rappeur auteur-compositeur-interprète, son projet musical peut se résumer assez simplement : transmettre, à un moment précis de sa vie d’homme et d’artiste, son ressenti et sa vision du hip-hop, de la musique et de l’art. Ainsi, chaque projet marque une étape dans l’évolution de la carrière de celui qui aura à sa façon révolutionné la musique, et c’est pourquoi nous ne pouvons que vous encourager à écouter son dernier album The Life Of Pablo. Un pote m’a un jour dit « le meilleur album de Kanye ? C’est le prochain. » Vous en doutez ? Petit reminder, ou découverte pour certains d’entre vous, des 25 titres forts et/ou symbolique des albums du monstre qui devrait vous ravir (et croyez-moi, le choix des tracks a été plus que dur).

 

 

College Dropout (2004)

« Tu ne peux pas rapper, tu n’es qu’un beatmaker ». Voilà ce qu’entendait ce nouveau mec venu de Chicago ayant produit plusieurs sons du Blueprint (2001) de Jay-Z avant de pouvoir faire ses preuves avec la sortie de son premier album. A grands coups de samples et de beats hip-hop magistraux, il démontre ses talents de rappeur et de producteur, tout en sachant parfaitement s’entourer (Jay-Z, Talib Kweli, Common, Mos Def…). Cet album mêle de nombreux thèmes, parfois traitant de son histoire personnel et d’autre fois de son point de vue sur certaines problématique : à travers Spaceship par exemple il met à jour les difficultés rencontrées pour passer de créateur de l’ombre pour les autres à artiste en pleine lumière, quand Two Words est un exercice de style ou All Falls Down traite du consumérisme sur une prod’ samplant à merveille Syleena Johnson. Dans son premier single, Through The Wire, Kanye raconte l’accident de voiture dans lequel il s’est brisé la mâchoire en 2002, chanson dont le clip demeure mythique puisqu’on peut y voir l’enregistrement des couplets 6 semaines après l’accident, sa mâchoire encore tenue par des fils (d’où le titre « A travers les fils »). Enfin, reste Jesus Walks, un masterpiece prônant les bonnes mœurs religieuses et critiquant l’industrie du disque allant à contre-courant de l’image du rap, dans du plus pur Kanye West. Suite à cet album, Kanye multipliera les productions Ainsi nous fait-il découvrir son univers musical.

Late Registration (2005)

Dans la foulée, un an et demi après la sortie de son premier album, Kanye lâche Late Registration. De tous ses albums, ces deux premiers sont les seuls à autant se ressembler. Plus harmonique, plus travaillé, plus pop parfois, cet album a été également interprété par West avec un orchestre sur scène à Londres, concert conseillé aux amateurs disponible sous le nom Late Orchestration. Ici encore le sample est roi et élevé au rang d’art, de Curtis Mayfield à Shrileyc Bassey (interprète de Diamonds are Forever, B.O. du film James Bond éponyme) en passant par Ray Charles et autres artistes majeur de la musique noire-américaine. Ces artistes sont utilisés sur Touch the Sky, track légère célébrant son succès (la seule de l’album où il n’apparait pas à la production, qui est confiée à Just Blaze), mais aussi Diamonds From Sierra Leone, chanson et clip plus engagés sur les célèbres blood diamonds, ou encore Gold Digger. Cette dernière est d’ailleurs son premier titre à se classer premier au Billboard américain et qui lui a permis de recevoir son premier Grammy pour la meilleur performance rap solo, et cela en traitant avec brio d’un sujet cher au hip-hop : les « michtos » comme on aime à les appeler chez nous. Différentes ambiances d’un même univers donc. Il n’en oubliera alors pas de nous parler de lui, notamment sur les tracks Roses, suite au décès de sa grand-mère, mais également Hey Mama, titre fort quand on connait la relation fusionnelle unissant ce fils unique à la mère qui l’a élevé seule depuis l’âge de 3 ans et l’a poussé à exploiter son potentiel artistique, et déterminante dans sa carrière puisque c’est notamment après la mort de cette dernière qu’il prendra un virage artistique totalement différent.

 

Graduation (2007)

Sur fond de guerre avec 50 Cents sur qui aura la plus grosse (vente, oui oui), Kanye sort dans les bacs le 11 septembre 2007 le dernier album de ce que l’on pourrait considérer comme « college trilogiy » , Graduation. C’est la consécration pour lui avec cet album qui a été sa plus grande réussite auprès du grand public. Cinq singles au programme pour seulement 13 titres, Graduation propose du très lourd à commencer par Good Morning, introduction parfaitement réussi comme Mr. West sait nous en proposer et annonçant un album plus introspectif. Cet opus a désormais des sonorités plus électroniques comme les singles Flashing Lights, Good Life ou Stronger le font clairement apparaitre, mais de grosses instru’ mémorables telles que celles de Can’t Tell Me Nothing résonne aujourd’hui encore dans nos tête. Kanye est encore à la production de la majeure partie de l’album et il n’hésite pas à sampler ses propres morceaux, mais également des titres bien connu du grand public comme P.Y.T de Michael Jackson ou Harder, Better, Faster, Stronger des inévitables Daft Punk. Il est alors au sommet du rap-game, notamment avec cet album feel good conçu pour être joué devant d’imposantes foules, et est un des artistes dont la collaboration est la plus demandée.

808’s and Heartbreak (2008)

Vient alors un tournant dans la vie de notre pauvre Kanye : sa mère Donda décède de complications post-opératoires et sa relation avec Amber Rose est arrivée à son terme. Kanye est triste et il le fait savoir. Il rompt avec tous les codes musicaux qu’il a utilisé jusque-là et place les sentiments au centre de son nouvel album 808’s and Heartbreak. Exit les samples et le hip-hop pur et dur, bonjour les sonorités électro-pop et RnB, c’est l’auto-tune qui est maintenant largement utilisé sur des compositions souvent mélancoliques où il exprime sa peine. Cet album est reconnu pour avoir créé une mouvance abordant des thèmes plus sentimentale qui a eu une influence sur le hip-hop actuel, et que l’on retrouve aujourd’hui notamment chez des artistes comme Drake ou J. Cole. Avec Welcome To Heartbreak situé en deuxième position sur la tracklist, Ye exprime ainsi sa solitude et son désir de construire une famille, quand Street Lights expose sa vision dépressive d’une vie monotone. Heureusement, Kanye reste Kanye, et il nous le rappelle bien en célébrant le parcours qu’il a réalisé jusqu’ici à travers Amazing, troisième single de son album et où l’on peut entendre les prémisses de sa prochaine oeuvre. Bien qu’il nous ait pris à contre-pied avec cette ligne artistique, l’album fut un succès. Mais le meilleur restait à venir…

My Beautiful Dark Twisted Fantasy (2010)

Que dire que faire autour de cet album, son master piece ? Après s’être exile à Hawaï, Yeezy est back on tracks avec son nouveau projet démentiel. Au-delà d’un album, c’est une véritable œuvre composée des G.O.O.D Friday, des sons balancés de manière hebdomadaire, d’artworks associés à un grand nombre de morceaux, mais aussi du court métrage Runaway de 35 minutes reprennant les titres de l’album sur fond de conte, celui d’un ange tombé sur Terre et recueilli par votre nouvel artiste préféré. Musicalement, c’est une synthèse de tout ce que peut et sait faire Kanye : tantôt harmonieux à l’image de Runaway ou Devil In a New Dress, où respectivement Pusha T et Rick Ross lâchent de lourds couplets se mariant à merveille aux accords raffinés des beats, tantôt une sombre puissance rouge, à l’image de la couleur générale de l’album, provoquant un mouvement frénétique de nos têtes, façon Monster ou Dark Fantasy. Tout cela en s’entourant bien sûr sur l’ensemble de l’album d’une liste de guests aussi riche que belle : Jay-Z, RZA, Bon Iver, Raekwon et j’en passe, avec All Of The Lights en point d’orgue puisque l’on y trouve pas moins de 14 artistes (et non des moindres) en featuring. On trouve dans cet album une large palette de thème, notamment le vice et tous les aspects de la célébrité, mais c’est globalement l’émergence d’un Kanye mégalomane qui ressort le plus clairement, avec le clip de Power en symbole. Vous l’avez compris, tout ou presque est hors norme dans ce projet dont la qualité est indéniable, et il n’est donc pas aberrant de parler de son meilleur album.

Yeezus (2013)

2013, trois ans sans album pour Yeezy. Puis, est annoncé la diffusion du premier titre d’un nouvel album intitulé New Slaves ainsi que de son clip sur les murs de 66 grandes villes à travers le monde. Un mois avant sa sortie, l’album est annoncé et il s’intitulera Yeezus, « son nom de Dieu », tout en sobriété. Kanye prévient d’entrée : « Honnêtement, à ce stade, quand j’écoute la radio, ce n’est plus où je veux être […] je n’en ai rien à foutre de vendre un millions de disques. Vous savez avec cet album, on ne sortira pas de singles pour la radio. » Et ça se voit rien qu’à la tête de l’album : boite de CD et CD vierges, sans livret à l’intérieur, où seul figure un autocollant orange fluo sur la face, et des crédits minimalistes à l’arrière avec une mention indiquant qu’ils sont entièrement disponibles sur son site (un jolie « démmerde toi » quoi). Sur cet album, il fait ce qu’il veut, sans respect d’aucun code, et ne le fait certainement pas pour que ça plaise au public mais bien pour se satisfaire lui-même. Cela se voit dans les chiffres de vente, avec le plus mauvais départ pour un de ses albums et une baisse des ventes de 80% la deuxième semaine, mais l’important n’est pas là. Dans le contenu, égo trip sombre, consumérisme, relation amoureuse et black power sont les thèmes que l’on retrouve sur fond d’électro agressif, de distorsions parfois inaudibles, où s’introduisent par moment des cris de l’artiste. Outre Kanye, on n’est pas forcément étonné de voir des noms tels que Gesaffelstein, Brodinsky ou Hudson Mohawke derrière les différentes prod’, mais déjà plus d’y trouver nos amis Daft Punk, notamment sur le très lourd Black Skinhead. Le sample est toujours d’actualité dans cet opus puisque l’on retrouve par exemple Nina Simone, une artiste moult fois utilisé dans ses différents albums, ici sur les « strange fruits hangin’ from the poplar trees » de Blood On The Leaves, référence aux noirs pendus aux arbres durant la traite négrière. Beaucoup plus sombre, Yeezus a été salué par la critique et boudé par le public pour sa non-conventionalité mais n’en reste pas moins un excellent album.

Si vous n’avez pas lu l’article jusqu’au bout mais que vous vous êtes directement dirigé vers la conclusion, pas grave, voilà ce qu’il faut en retenir : déjà, c’est dommage, le talent de cet homme mérite qu’on y accorde du temps de cerveau disponible, et j’espère avoir éveillé un certain intérêt chez vous ; ensuite, que si vous n’avez pas aimé Yeezus, ou même ce qu’a pu faire Kanye West jusqu’ici (ça peut arriver, chacun son truc), cela ne vous empêche en rien d’écouter son dernier album The Life of Pablo. Kanye West et sa musique évolue au rythme de sa vie d’homme, et s’il existe un ADN Kanye, chaque album est une nouvelle expérience. De plus, nous avons décidé de ne pas inclure dans cet article l’album Watch The Throne, sorti en 2011 et partagé avec Jay-Z, mais celui-ci y aurait eu toute sa place tant il représente un épisode logique entre My Beautiful Dark Twisted Fantasy et Yeezus. At the end of the day, nous avons écouté The Life Of Pablo, et en Yeezy nous croyons d’autant plus. Amen.

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Et en bonus :

Emmanuel Blanche & Alexandre Visintainer

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